Pourquoi Sommes-Nous Superstitieux ?

Superstition

Vous arrive-t-il de frapper sur du bois pour avoir de la chance ? De traverser la rue si vous voyez un chat noir ? Refusez-vous de séjourner au 13e étage d’un hôtel, si tant est que l’hôtel ait un 13e étage ? Faites-vous des efforts pour éviter de passer sous une échelle ?

Même si vous ne faites pas ces choses, vous êtes probablement au moins familier avec ces superstitions et d’autres superstitions communes. Ou peut-être avez-vous des superstitions personnelles, un chiffre porte-bonheur, un charme, un rituel que vous trouvez indispensable.

Les croyances et comportements superstitieux de ce type sont courants, mais d’où viennent-ils ? Quel objectif psychologique la superstition sert-elle ? Et certains types de personnes sont-elles plus susceptibles que d’autres d’être superstitieuses ? Quel est le lien entre la superstition et d’autres formes de pensée irrationnelle ? Et est-il possible que votre porte-bonheur ou votre rituel avant un événement vous aide à être plus performant ?

Nous allons essayer de répondre à ces questions qui nous concernent tous.

Mais avant de rentrer dans le détail de ce passionnant sujet, essayons de définir la superstition et d’identifier son origine.

1. Qu’est ce que la superstition ?

Comme je viens de le dire, il y a peut-être deux types de superstitions :

  •  les superstitions culturelles largement partagées comme les chats noirs, le chiffre 13 ou l’échelle.
  • et les superstitions personnelles comme les porte-bonheur et les rituels

Il y a donc une distinction entre ce que nous appelons les superstitions personnelles, qui nous sont propres et que nous acquérons généralement par essais et erreurs, et les superstitions qui nous sont enseignées, que nous absorbons simplement en étant dans la culture.

Mais qu’est-ce qui unit ces deux domaines et fait de quelque chose une superstition ? Et surtout comment définir ce concept ?

1.1 Définition de la superstition

On peut d’ores et déjà définir la superstition comme la croyance irrationnelle que la magie, la chance ou les forces surnaturelles ont le pouvoir d’influencer notre vie. Ou encore que des actions qui ne sont pas logiquement liées à un résultat peuvent avoir un effet sur celui-ci.

A partir de là, on observe que les superstitions sont soit orientées pour porter chance, soit pour éviter la malchance.

Et ce qu’elles ont en commun, bien sûr, c’est le besoin de contrôle, une tentative de provoquer la bonne chose ou d’éviter la mauvaise chose. Par conséquent, elles ont tendance à apparaître dans des circonstances où nous n’avons pas un contrôle parfait sur une situation et dont nous nous soucions du résultat.

On peut dire que ces croyances ont tendance à être plus fortes lorsque l’on se trouve à la merci du hasard

C’est donc tout naturellement que les gens sont plus superstitieux en période trouble c’est-à-dire quand l’incertitude et le doute accentuent nos peurs. 

Ainsi, pour comprendre pourquoi les gens sont superstitieux, adoptons une approche historique, en observant les comportements lors des périodes troubles de l’histoire.

1.2 Origine de la superstition

En regardant en arrière, les humains ont toujours voulu avoir le contrôle sur les choses qu’ils ne pouvaient pas contrôler et savoir ce qui allait arriver dans le futur. Le désir et les pratiques ont donc toujours existé.

C’est pour cela que les origines des superstitions sont très diverses et proviennent de la pensée classique, des rituels religieux ou de la sagesse rurale.

L’accent est mis sur les croyances inspirées par les difficultés rencontrées par les gens de tous les jours à une époque où la vie était « méchante, brutale et courte ». Elles appartiennent donc principalement aux catégories suivantes : présages de mort (aujourd’hui signes de malchance), charmes contre le mal ou la sorcellerie, et rituels entourant les naissances, les décès et autres moments dangereux.

Comme beaucoup de folklore, les croyances superstitieuses se transmettent généralement de bouche à oreille, de sorte qu’il est parfois difficile de trouver des traces écrites.

Ce qui est vraiment remarquable, c’est que les changements culturels qui ont eu lieu au cours des siècles n’ont pas entièrement éradiqué les superstitions. En fait, si l’on considère que la superstition inclut les croyances dans le surnaturel au-delà de la norme religieuse de l’époque, nous sommes beaucoup plus superstitieux aujourd’hui qu’il y a deux cents ans.

On remarque une forte montée de la superstition durant les périodes troubles de l’histoire.

Par exemple, l’’Europe du XVIIe siècle était un endroit effrayant. La peste, la famine, le feu et la guerre pouvaient bouleverser la vie à tout moment. La peur des sorcières, des mauvais esprits et du diable était très répandue. Des événements comme la Réforme avaient ébranlé la foi dans l’ordre spirituel et l’autorité de l’Église catholique, tandis que de nouvelles découvertes scientifiques sapaient les croyances traditionnelles et les enseignements de la Bible.

Comment se matérialise-t-elle ?

1.3 Comment se matérialise-t-elle ?

Dans l’ensemble, elles n’ont pas commencé comme des superstitions mais comme des pratiques conformes au code religieux ou aux normes sociales de l’époque. Ce n’est que lorsque notre compréhension du monde s’est approfondie qu’elles ont été considérées comme des superstitions. 

Si vous portiez une patte de lapin pour éviter les troubles digestifs à l’époque romaine, par exemple, vous le faites parce que c’était ce que votre médecin recommandait.

Si vous en portiez une dans les années 1600 vous le faisiez peut-être parce que, même si vous saviez que c’était une simple « fantaisie », cela avait fonctionné pour un ami respecté et semblait avoir l’effet désiré sur vous.

Si vous en portez une aujourd’hui, il est probablement attaché à une sorte de porte-clés porte-bonheur en forme de trèfle à quatre feuilles auquel pend un fer à cheval, et vous vous y accrochez soit parce que votre grand-mère vous l’a donné sur son lit de mort, soit parce que vous êtes extrêmement superstitieux.

En suivant le même schéma de développement, il est facile de voir comment les observances religieuses des anciens Romains sont devenues les superstitions du début du Moyen Âge, et comment les pratiques diaboliques du paysan médiéval sont devenues les contes de vieilles femmes du XVIIIe siècle rationaliste.

On peut donc dire que le plus important dans l’histoire de la superstition, c’est l’histoire du mot lui-même C’est une étiquette qui a été appliquée à de nombreux types de croyances et de pratiques.

Et en général, pendant la majeure partie de l’histoire, ce mot a été appliqué aux croyances non orthodoxes ou non soutenues de l’époque. 

2. Bienfaits et Dangers de la superstition

Ce que je vous propose est un modèle pratique du fonctionnement du cerveau qui vous aidera à comprendre vos propres croyances et la nature de la réalité. Il vous aidera également à voir comment toutes les croyances proviennent des perceptions du cerveau, et comment elles sont façonnées par les relations personnelles, les influences sociales et les recherches éducatives et spirituelles.

Cette compréhension peut ensuite nous aider à discerner la différence entre les croyances destructrices et les croyances constructives.

Car en effet, bien que ces comportements et actions puissent paraître anodins, pour certaines personnes ils peuvent souvent affecter les choix faits dans le monde réel pour le meilleur comme pour le pire.

2.1 Les Éléments positifs de la superstition

Pour de nombreuses personnes, les comportements superstitieux procurent un sentiment de contrôle et réduisent l’anxiété – c’est pourquoi les niveaux de superstition augmentent en période de stress et d’angoisse.

Améliore l’état d’esprit

2.1.1 Améliore l’état d’esprit

Il a été démontré que les croyances superstitieuses contribuent à promouvoir une attitude mentale positive. Bien qu’elles puissent conduire à des décisions irrationnelles, telles que la confiance dans les mérites de la chance et du destin plutôt que dans une prise de décision saine.

De plus, les superstitions peuvent améliorer les performances.

En effet, comme décrit dans le livre “Believing in Magic, The psychology of superstition” du psychologue Stuart Vyse, il est scientifiquement prouvé que les superstitions positives, qui favorisent la chance, procurent un avantage psychologique qui peut améliorer les performances.

Il faut savoir qu’il existe une anxiété associée aux types d’événements qui font ressortir la superstition car l’absence de contrôle sur un résultat important crée de l’anxiété. Ainsi, même si l’on sait rationnellement qu’il n’y a pas de magie, les superstitions peuvent être maintenues pour leur avantage émotionnel.

2.1.2  Sentiment de contrôle

Bon nombre des superstitions qui sont entretenues par les individus ou qui ont été entretenues au fil des ans sont peu coûteuses et bon enfant.

Porter des charmes, porter certains vêtements, visiter des lieux associés à la bonne fortune, préférer des couleurs spécifiques et utiliser des chiffres particuliers sont tous des éléments de superstition de cet ordre.

Les superstitions personnelles, non seulement elles sont peu coûteuses, mais dans de nombreux cas, elles sont privées. Vous ne courez pas dire aux gens que vous avez une pièce porte-bonheur dans votre poche ou autre. Vous le ferez peut-être avec une personne de confiance, mais ce n’est pas la première chose dont vous parlez aux gens.

Ainsi, de nombreuses superstitions ont pour but d’exercer un certain contrôle, ou une illusion de contrôle, mais elles sont peu coûteuses et ne font pas de mal, dans la plupart des cas. 

2.2 Les Éléments négatifs de la superstition

L’étude des croyances humaines soulève souvent des questions troublantes, car la plupart des gens ne sont pas conscients que nombre de nos croyances et superstitions sont fondées sur des hypothèses incomplètes concernant le monde. Comment, dès lors, les croyances peuvent-elles être si puissantes qu’elles peuvent nous guérir, ou si destructrices qu’elles peuvent nous faire souffrir et mourir.

Absence de discernement

2.2.1 Absence de discernement

Une fois nos croyances et superstitions établies, nous remettons rarement en question leur validité, même lorsque nous sommes confrontés à des preuves contradictoires.  Dès lors, elles façonnent nos comportements personnels et notre éthique spirituelle sans qu’on ne les remettent en question.

Le danger est que lorsque nous faisons face à des situations dans lesquelles les chances sont contre nous sans prendre en compte la réalité, les conséquences peuvent être catastrophiques. C’est particulièrement le cas dans les jeux d’argent.

La raison est que notre cerveau est instinctivement enclin à rejeter ou à ne pas tenir compte des informations qui ne sont pas conformes à ses propres expériences et connaissances.

En d’autres termes, les croyances bien ancrées, comme les habitudes, ont la vie dure.

2.2.2 Les rituels compulsifs

Le danger avec la superstition est que nos croyances peuvent finir par régir tous les aspects de notre vie.

Certes, les superstitions peuvent rassurer et contribuer à réduire l’anxiété chez certaines personnes. Mais si cela est vrai, la recherche a montré que les actions associées aux superstitions peuvent aussi s’auto-renforcer, en ce sens que le comportement devient une habitude et que le fait de ne pas accomplir le rituel peut entraîner de l’anxiété.

Cela concerne tout particulièrement ceux et celles dont la vie tournent inlassablement autour de rituels compulsifs qu’il faut accomplir, sinon quelque chose de mauvais va se produire.

3. Qui est superstitieux ?

D’une manière ou d’une autre, presque tout le monde est superstitieux, même si peu de gens l’admettent. Les superstitions constituent la plus grande partie du matériel folklorique transmis depuis l’Antiquité, et notre croyance en elles nous lie aux croyances de nos ancêtres. Bien que les circonstances humaines aient radicalement changé au cours des siècles, la survie des superstitions nous indique que la nature humaine n’a guère changé. 

3.1 Profil psychologique du superstitieux

De nombreuses personnes ont des rituels et des comportements superstitieux personnels destinés à leur porter « bonne chance ». Les rituels avant une performance, les numéros chanceux, les porte-bonheur et le fait de porter le même vêtement avant une performance ou un événement sportif sont des exemples typiques de comportements superstitieux pour attirer la chance.

La superstition est également très répandue dans le sport, en particulier dans les situations de haute compétition. Quatre athlètes professionnels sur cinq déclarent avoir adopté au moins un comportement superstitieux avant la performance. Dans le sport, il a été démontré que les superstitions réduisent la tension et donnent un sentiment de contrôle sur les facteurs imprévisibles et aléatoires.

Les joueurs et les athlètes adoptent également des actions et des comportements personnalisés, comme le port de vêtements, de trousses et de breloques porte-bonheur.

Nous avons pu voir qu’il y a très peu de cas où, si nous avons un contrôle total et que nous savons ce qui va se passer, nous utilisons une superstition. Même si le résultat est très important, ce n’est que dans ces circonstances où on ne peut pas être certain du résultat qu’une superstition apparaît.

Le contrôle est donc très important voire central.

L’influence de l’environnement

3.2 L’influence de l’environnement

Considérant cela, l’élément le plus important est d’avoir grandi dans une famille où la superstition est une chose réelle.

En d’autres termes, nous acquérons beaucoup de choses de nos familles. Par exemple, dans la plupart des cas, nous acquérons notre religion de nos familles. C’est donc une de ces choses qui fait que si vous ne grandissez pas dans une famille où l’on en parle ou bien où l’on y accorde du crédit, vous avez moins de chance d’être superstitieux

Il y a des traits de personnalité qui y sont associés. La plupart d’entre eux ne sont pas très agréables. C’est comme l’anxiété. Si vous êtes une personne anxieuse, vous pouvez imaginer que c’est le cas. Les personnes qui ont une forte peur de la mort sont légèrement plus susceptibles d’être superstitieuses.

Les personnes qui ont ce concept en psychologie que l’on appelle le locus de contrôle, c’est-à-dire que soit nous avons le contrôle à l’intérieur de nous-même – j’ai le contrôle et je suis le maître de mon destin – soit le contrôle est à l’extérieur et je suis ballotté par la vie. Les personnes ayant un locus de contrôle externe, qui ont l’impression de ne pas pouvoir contrôler les événements, sont plus susceptibles d’être superstitieuses dans le but d’obtenir plus de contrôle.

4. Les Français et la superstition

On estime qu’en moyenne, et au travers de différents sondages, 1 français sur 2 est superstitieux.

Les différentes études sur le sujet ont des chiffres qui varient de 41 à 52% de personnes superstitieuses dans l’hexagone.

De manière générale, la France se situe en dessous de la moyenne européenne qui est de 55% (étude Lastminute 2017). L’Espagne étant le pays le plus superstitieux avec 60% de sa population.

Ainsi, même à notre époque où le pragmatisme de la science et des faits vérifiés et vérifiables ont pris le dessus sur l’irrationnel, les superstitions restent extrêmement présentes.

Des Français très superstitieux

4.1 Des Français très superstitieux

Plus on est jeune et plus on est superstitieux. Certainement qu’avec l’âge, l’expérience fait qu’on ne cherche pas à tout contrôler.

51% des 15-34 ans se disent superstitieux

des 15-34 ans se disent superstitieux.

31% des + de 60 ans

des + de 60 ans se disent superstitieux.

Mais lorsque l’on met en parallèle 2 études respectivement de YouGov, Femina et celle sur le Bonheur, source CSA, des choses fortes intéressantes apparaissent.

Par exemple, on se rend compte que :

41% des non superstitieux déclarent jouer à des jeux de hasard le vendredi 13.

Ou encore que :

37% d’entre eux estiment que s’ ils trouvaient 1 trèfle à 4 feuilles, ils le conserveraient pour leur porter chance.

IL Y A ÉGALEMENT 3 FOIS PLUS DE JOUEURS DU LOTO VENDREDI 13

Alors pourquoi seulement 1 français sur 2 se déclare non superstitieux ?

Et bien comme dit précédemment, plus on a l’impression que notre vie est déterminée par des facteurs qui échappent à notre contrôle, plus on devient superstitieux. Chose que l’on avoue pas forcément.

Si bien qu’au final, comme cela a toujours été le cas, il y a un grand nombre de personnes qui sont superstitieuses.

Pour s’assurer de leur chance, ils portent une pièce de monnaie porte-bonheur, croisent les doigts ou prennent d’autres mesures qu’ils jugent nécessaires. Mais la plupart ne l’admettent pas, car à notre époque, cela les fait se sentir ridicules.

Et en y regardant de plus près, on va se rendre compte que nous sommes presque tous superstitieux d’une manière ou d’une autre.

4.2 Les Français attachés à leur horoscope

Allons plus loin et penchons nous sur un sujet qui ne laisse aucun d’entre nous indifférent à savoir l’astrologie.

L’ASTROLOGIE : L’ART DE DÉTERMINER LE CARACTÈRE ET DE PRÉVOIR LA DESTINÉE HUMAINE PAR L’ÉTUDE DE L’INFLUENCE DES ASTRES.

L’astrologie rentre donc, de par sa définition, parfaitement dans le domaine de la superstition. Et pourtant nous avons tous déjà jeté un coup d’œil à la page de l’horoscope d’un journal ou magazine.

Ainsi d’après les mêmes sources d’étude, on observe, d’une part, que les femmes sont plus sensibles à l’astrologie que les hommes et, d’autre part, les jeunes sont nombreux à consulter les astres.

Parmi les personnes superstitieuses ont à plus de 2/3 de femmes. 

68% des femmes

Femmes : 68% 

32% des hommes sensibles à l'astrologie

Hommes : 32%

 

D’ailleurs,

37% des français consultent leur horoscope régulièrement alors que

28% des français disent croire à l’astrologie.

Parmi ceux-ci, 46 % ont déjà pris une décision en fonction de leur horoscope.

Autre fait très intéressant, 89% pensent que le signe astrologique de naissance d’une personne à une influence sur son caractère.

astrologie tranche d'ages

Répartition par Tranche d’Âge

 

C’est tout le paradoxe des êtres humains qui , d’un côté, peuvent être pragmatiques et rationnels et, de l’autre, rechercher des réponses dans les astres par exemple.

Les croyances et notamment les superstitions interviennent en réponse à des situations hors de contrôle et s’imposent finalement comme des recours logiques. L’adoption consciente de croyances permet de composer avec l’incertain, si ce n’est de vaincre l’incertitude de la situation.

D’ailleurs, l’étymologie du mot superstition réfère à la protection : « voir au-delà pour s’attirer la protection des dieux »

Et nous avons tous ce besoin de confiance et d’optimisme qui nous permet d’affronter toutes les situations de la vie. Alors il n’y a pas de mal à avoir son petit objet porte-bonheur ou ses petits rituels face à certains événements.

C’ est gratuit et bon enfant.

Dans le fond on a pu voir que les risques restent limités à l’exception des jeux d’argent qui peuvent avoir de lourdes conséquences. De plus seulement 2% des personnes développent des troubles compulsifs qui perturbent le quotidien de la personne.

Alors soyons superstitieux !

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